Poésie, Recueil - Chiffres et bagatelles

Première guerre

puisque ainsi naissent royaumes et rois
puis utopies puis creux puis famines
guerres et éclaircies je ne
suis que ce jeu de l’as qui se perd
gagne
donc ton revers ton
coup de maître
ne vas pas geindre au-dessous des fenêtres
de ceux qui jadis étaient morts

chienne
de vie mais espèce humaine
qui aboie toujours sa rengaine emmène
moi là où le vent se traîne là où
le vent se sème saigne
avec tes mots mon âme
drame
que de ne savoir comment l’étreindre
la peindre la
garder en vie
mais si ce soir nous n’étions pas finis si
ce soir tout commençait enfin
que ferais-tu de ce grain
de folie qui se meurt ?

aurais-tu
craché ton savoir vivre ? Ce
passé qui te colle à la peau ces monuments
blancs devant les mairies de France
que fût tout cela et pourquoi sommes nous morts
dors encore dors
le passé rêvera si fort que demain sera
un nouveau caveau

crache ton savoir et tes dents
crache te dis-je
ne vois-tu pas cœur vaillant
que ton esquif à la dérive
s’enfuit?
crache ton désespoir amer
laisse le sel aux cimetières
des morts marqués au marbre blanc
regarde pleure enfuis-toi
ils sont partis ces noms ces listes ne sont plus
qu’un souvenir perdu pour les enfants d’hier
tu ne les connais plus marche
fuis l’histoire elle te dégoûte avance
marche encore ton ombre envoûte
tes pensées sautillantes
cours même si tu le peux plus loin plus vite
les étoiles devant toi t’invitent
dans leur cortège d’or et d’argent
et dans leurs murmures elles te disent
va rattraper ton présent
la mort
la mort t’attend
crache ton savoir et tes dents

larmes larmes les
jolies les frêles les petites
qu’aurait été la vie sans vos
portées de lumière je ne
veux que ces reflets d’hier ces
douceurs de la consolation
passé passé mon ange où sont tes ambitions
ta paix fluette ?
car je ne peux croire en la
rebelote des dictats
j’ai peur
j’ai froid mon âme ma seule réchauffe-moi
car demain ressemble tant à hier
et hier ressemble à l’enfer à
la fin

et les larmes nous reviennent
les larmes des jours passés
d’où qu’elles viennent
elles hantent nos rêves amassés
des larmes désarment
la saveur de nos jours
et l’œil s’élève face à l’obscur
avenir qui gît
de la terre trépassé
les yeux

blêmes après minuit les couchers : soleils
feux de givre et d’été
élevant les espaces
dans nos esprits brumeux
la froideur des faubourgs nous amène un peu mieux
ailleurs
peur
de ne savoir assez rêver

rêve et ressassement
ravissements rapides
trépignements
je ne crois
que ce que je veux croire je ne
vois
que ce que je veux voir je
ne veux que cette paix enfin
résolue
révolue
le présent est le lieu des
armistices
interstices
où la paix se faufile

l’instant
fragile et qui
lutte
pour une poignée d’étoiles aux yeux
laissez laissez aller vos efforts vigoureux
pour mieux faiblir
je rêve d’un ciel nouveau où sonnerait l’or pur
d’un soleil sans éclipse
laissez laissez aller vos soupirs comme on hisse
la voile noire d’un nouveau radeau

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