poèmes 2019, Poésie, Recueil - Chiffres et bagatelles, Vers libres

Sixième Extinction

espèce de
ce siècle passé, espèce disparue, espèce
de ce qui fut beau, ce qui fut sot
fut de laisser mourir
le devenir
de ces espèces d’oubliés
ceux-là même dont on ne sait plus le nom
nous ne savons plus ce que c’est que d’aimer
que de choisir
levons
nos verres à leur santé, verre
de pétrole ou de brut, verre de
cidre ? Non mon cher, juste une verre de con
De cognac, non de con, tout simplement
je les boirai à la paille, rafraîchissement
sans prix, sans prévision
nous ne sommes pas à moitié ronds, comme des barriques, à moitié
possédés

mais moi de même que ne suis-je
concernée, je plaide
coupable, j’habite ici, je vis là
moi aussi j’ai des ampoules nucléaires, des
verres à moitié pleins de pétrole, du fioul, du mazout, les vols
fonctionnent encore au kérosène, chienne
que je suis d’avoir trop voyagé, enlisée
la terre est noire
je ne puis que boire
mes verres uns à uns
marrée
dans mes poumons, toxine, je suis
terre, je suis
engluée, oiseaux
je vous comprends à peu près

Cinglez, cinglez votre disparition
jouez-en sur des trompettes, on
ne l’entendra pas plus
pas encore, pas déjà
quand il ne restera sur nos bras
que les poils de l’épouvante
nous comprendrons la fin enfin, la
disparition des espèces, dinosaures qu’avez-vous faits
de vos bas de laines ? Sont ils enterrés là, quelque-part, sous vos mitaines,

vos
squelettes reconstitués ne parlent plus, où sont vos sous, vos richesses ?

Amassons, amassons, nos tiroirs-caisse
n’en peuvent plus
nous sommes
pleins aux as, pleins de fioul, pleins de
co2, pleins de billets verts
les forêts n’ont pas à s’en faire
nous les planterons aussi, tapis
de chiffres imprimés, nous vivrons
d’amour et de papiers
de banque
planque
donc ta rose : elle est morte
cohorte
pour l’enterrer, la dernière

amie, mon amie, dira le prince
je t’ai laissé, le renard
n’a plus sa tanière, il est parti déjà tard
et toi, rose, ma rose, petite
si au moins tu avais laissé quelques piques
quelques épines pour m’y prendre le doigt
j’aurai quelque-chose de toi

je saurai que je suis vivant

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