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Ad Vitam Aeternam – Extrait 21

Je me souviens de ‘là-bas’, cet autre univers, cet autre XXIIIème siècle. Je me souviens de ma sortie de l’école de danse, de mon diplôme, de ma médaille d’or au concours de fin d’étude… Je me souviens, aussi, de mon achat par Gustave Cortez… C’était en 2263 de l’autre ère… Un monde qui n’existe plus. J’ignore encore quel fut mon prix. Je fus achetée comme une pièce de collection, un objet de valeur.

C’est grâce à ma présence à la cour, grâce à cet achat, que j’ai pu rencontrer Owen Carson. Je garde un souvenir précis du moment où je l’ai vu pour la première fois. Sous les arbres du parc. Dans cette semi-obscurité. Un croisement de regard. Un sourire.

Je ne crois pas que cela soit forcément à décrire. Quelque-chose d’indélébile. Une marque au fer rouge, au fond de moi-même. La difficile conciliation de mon cœur et de ma voix. Un silence. Et cette phrase. Cette phrase qui m’envahissait sans pouvoir malgré tout sortir. La banalité d’un ‘bonjour’ pour faire face à l’épreuve du silence. Quelques secondes d’une certaine hésitation. La patience de sourire encore, naïvement.

La beauté, oh oui, la beauté comme seule issue aux battements inconditionnels de mes paupières. Mon cœur à la ramasse, au chaud, entre les feuilles mortes de mon jardin intérieur, dépourvu de racines mais trônant quand même au centre de mes pensées. Le ventre inassouvi du conte de fée, qui hurle, qui veut lui aussi faire ressurgir du sol les morceaux émiettés des histoires entendues enfant.

L’amour. Celui des idéaux, celui des rêves de douceur. Quelque-chose de l’ordre du soulagement.

Le regard d’Owen était resté imprimé en moi, limpide, sincère. Cette première rencontre fut ainsi on ne peut plus courte, et quasiment silencieuse. Ce fut pourtant brûlant. Indélébile.

Les semaines qui suivirent eurent ce je-ne-sais-quoi d’amer. Je revis Owen à plusieurs reprises, mais toujours entouré et il m’était impossible de lui adresser la parole sans risquer de soulever des questions. Durant plus d’un mois, je restai ainsi, guettant ces entrevues, dormant mal et ne pouvant rien faire pour rompre le charme qui semblait me lier à lui. Gustave ne me demandait que rarement de danser, lors de représentations durant lesquelles il était accompagné de quelques autres dignitaires et il me fixait alors du regard comme pour déceler dans mes gestes une faille quelconque. Il me semblait que mon talent pour la danse m’avait quitté.

Contrairement à ce que beaucoup pensaient, je n’avais pas confiance en mes capacités. Et c’est bien ce que Gustave décelait lors de ces improvisations qu’il exigeait de temps à autres. Quelque-chose en moi n’était pas conforme à ses attentes. Je décevais.

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