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Ad Vitam Aeternam – Extrait 22

Anita et Gregor attendaient sur la plateforme depuis plusieurs heures déjà. Les autres condamnés s’étaient assis pour la plupart. Il faisait chaud. Quelques-uns avaient tenté de s’éloigner de la plateforme à la nage, mais étaient rapidement revenus : il n’y avait rien, autour, que cette eau profonde.
« Alors ils nous laissent mourir là, au soleil… » dit Gregor
« Remarque, pour eux ça ne change pas grand-chose » dit Anita. « Mais il y a forcément une issue ou une solution, sinon nous serions entourés de cadavres. Cela m’étonnerait qu’ils viennent les récupérer… »
« Tu parles, les marrées les ont emportés » fit Gregor dont le pessimisme commençait à énerver Anita.
Tout à coup une femme cria, debout à droite de la plateforme, penchée vers l’avant, elle avait commencé à faire de grands signes de bras face à l’horizon.
« Il y a quelque-chose… » murmura Anita.
En effet, au loin, un point éloigné semblait se rapprocher.
« C’est une embarcation » dit Gregor qui avait apparemment une bonne vue.
Tous les forcenés se mirent bientôt à crier, debout, agitant les bras.
L’embarcation venait dans leur direction. Une sorte de petit bateau en bois, dont les deux voiles semblaient faites de tissus rapiécés. Enfin, elle fut assez proche pour pouvoir en distinguer les occupants : deux hommes à la barbe épaisse, aux cheveux mi-longs.
« Ça doit être d’anciens prisonniers, il doit y avoir des terres quelque-part… » dit Gregor, trépignant d’enthousiasme.
Les deux hommes lancèrent alors une corde épaisse, qui ressemblait en réalité plutôt à une liane tressée. Certains sur la plateforme l’attrapèrent et le léger bateau accosta.
« Montez, vite » Fit l’un des deux barbus.
Les prisonniers ne se firent pas prier. La vingtaine d’hommes et de femmes s’entassèrent dans l’esquif.
« J’espère qu’on ne va pas très loin » fit Anita qui était tout comme Gregor à l’arrière du bateau.
« Ça tangue » continua-t-elle.
Un des deux barbus, qui était tout proche, l’entendit et répondit aussitôt.
« Non pas loin. Vous serrez étonnés. »
Le bateau repartit alors, lentement. Les deux hommes dirigeant le gouvernail avaient donné aux prisonniers de longues rames et avaient rangé les voiles, afin d’éviter d’assommer l’un ou l’autre avec la Bôme, tant ils étaient tous serrés. L’un des deux capitaines actionnait le gouvernail tandis que le second, debout près de la poupe, donnait des ordres clairs aux rameurs afin de coordonner leurs mouvements.

Ils avancèrent doucement sur une mer d’huile. Enfin, un homme qui se trouvait tout au bord du bateau et qui actionnait une des rames s’écria : « Le fond de l’eau ! On voit le fond de l’eau ! ».
« Restez à vos places ! » cria l’homme qui dirigeait les rameurs, face à ceux qui commençaient déjà à s’approcher du bord pour mieux voir. Ils avancèrent encore une vingtaine de minutes, sur une mer effectivement peu profonde et au fond de laquelle on distinguait d’épaisses formes rocheuses. Le capitaine, qui maniait le gouvernail à la perfection, faisait adroitement passer le bateau entre les roches, connaissant la route à emprunter comme sa poche, de toute évidence.
« C’est bon, descendez » fit soudain le capitaine. L’embarcation était arrêtée au milieu de l’eau. Aucune terre en vue, et l’eau s’étendait de toute part. Pourtant, sous eux, les formes épaisses des roches marines semblaient situées de façon peu profonde.
Ils descendirent donc et se placèrent sur la plus haute des roches, près de laquelle le bateau avait ‘accosté’. L’eau leur arrivait au nombril. Suivant les deux hommes, qui avaient solidement attaché le bateau à une des roches, ils marchèrent sur cette crête immergée plus d’une heure, slalomant entre les vagues dans une eau claire leur arrivant tantôt à la taille, tantôt aux épaules. Les deux barbus leur avaient donné une longue liane, à laquelle ils se tenaient tous, l’un des deux hommes ouvrant la marche, et le second la fermant.
Après une longue et fatigante avancée dans l’eau épaisse qui entravait leurs mouvements, ils aperçurent enfin ‘quelque-chose’.
Non loin d’eux, des arbres de petite taille mais aux racines épaisses et noueuses s’enfonçaient entre les roches marines et s’élevaient hors de l’eau. Entre les racines courbes, dont l’épaisseur devait être celle d’un bras, on distinguait des plateformes de bois et des habitations précaires. Là, des formes légères allaient et venaient, des hommes et des femmes sans doute, qui peuplaient cette étrange ville arboricole.

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