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Ad Vitam Aeternam – Extrait 5

[Dans la clinique, Gregor et Anton, après une attente interminable, repartent finalement jusqu’à la villa de Joann, laissant cette dernière plongée dans le coma, entre les mains des docteurs.]

Gregor souffla doucement. Cette journée avait été complètement dingue. Il lui tardait d’aller chercher Diego à l’école. Il n’avait pas vu son fils de six ans depuis près de deux mois, et il avait finalement obtenu du juge de l’avoir chez lui pour tout un week-end. Il se dirigea vers le parking où l’attendait sa propre voiture. C’est alors que son IA lui dit que la voie express était barrée. Gregor soupira. Il lui demanda de le prévenir dès que le trafic reprendrait. Puis il rejoint la salle de repos. Dans un fauteuil profond, qui avait dû être placé à la va-vite, se trouvait Anton. Gregor espérait encore ne pas être en retard, mais il était inutile de partir maintenant et de rester bloqué sur la route. Soudain la voix grave d’Anton s’éleva dans le silence.
« C’est la merde, Gregor. » Anton lui lança un sourire mièvre, puis se leva.
« Joann. Dans le coma » lui souffla-t-il. Son visage était à quelques centimètres de celui de Gregor. Il le plaqua alors contre le mur humide.
« Peux pas perdre ce boulot, tu comprends ? Peux pas. Faut trouver un responsable. »
Gregor réussit à articuler doucement : « Ça va aller. J’t’assure. »
Anton le regarda fixement sans nullement desserrer son étreinte. Il fallait se rendre à l’évidence, cette journée était décidément pourrie jusqu’à la moelle. Gregor entendit alors la voix de l’I.A lui dire doucement que la voie express était dégagée. Et merde, pensa-t-il.
« Mon boulot, tu comprends ? Non, tu comprends pas.» continua Anton.
Il cligna alors plusieurs fois des yeux, puis brusquement lâcha complètement Gregor.
« Excuse. Je sais pas ce qui m’a pris. Chuis nerveux, depuis tout à l’heure, chais pas ce que j’ai. C’est pas dans mes habitudes.»
Il soupira.
« C’est depuis ce… ce Tag tout à l’heure… J’ai l’impression que… ça me possède… »
Il hésita puis ajouta :
« Comme si c’était vivant. »
Il regarda étrangement Gregor.
« Chui désolé, vieux, chui désolé. J’ai fait un truc tout à l’heure. J’ai fait un truc que tu pardonneras jamais. »
Gregor, qui pouvait enfin respirer normalement, se massait le cou.
« Écoute Anton, on en parlera une autre fois, faut que je file. »

Gregor arriva finalement à l’école juste avant l’heure. Il en fut surpris et se dit qu’il avait dû filer vite sur la route. L’échange assez étrange qu’il avait eu avec Anton ne le laissait pas en paix. Tout à coup son IA prit la parole :
« Vous avez un appel classé urgent, de l’IA-de-justice 156-TX-3 nommée comme juge des affaires familiales sur votre procès en cours d’instruction »
Gregor blêmit et indiqua à son IA qu’il prenait l’appel.
L’IA-de-justice en vint directement aux faits :
« Vous ne pourrez pas prendre votre fils Diego aujourd’hui, monsieur Williams »
Il y eut un assez long silence.
« Pourquoi donc » réussit à déglutir Gregor.
« Information classée confidentielle, monsieur Williams ».
« Comment ça, expliquez-moi, c’est lié à quoi ? ».
« Information confidentielle, répéta l’IA, qui ajouta : liée à votre emploi.
« Mais… qu’est-ce qu’il a, mon travail ? »
« Information classée confidentielle. Je vous informe que la garde de Diego est reportée. Vous serez tenu au courant selon l’évolution de l’affaire. »
L’IA-juge raccrocha. Gregor était perplexe. La sonnerie de l’école retentit alors et il vit bientôt débouler un groupe bruyant de gamins. »
« Papa ! » S’écria une voix fluette qu’il pouvait reconnaître entre mille.
« Diego, mon cœur… »
« Je rentre avec toi, Papa, aujourd’hui ! Ouais, ouais, ouais ! Et tu sais ? On a fait des perles en forme de… »
« Diego… » Gregor ne savait même pas comment amorcer sa phrase. Visiblement l’IA-de-justice n’avait pas encore prévenu l’école. Il allait poursuivre, expliquer à Diego que non, il ne venait pas le chercher, que c’était une fausse joie, qu’il allait retourner chez sa mère, que c’était comme ça, mais les mots qui sortirent de sa bouche étaient tout autres.
« Oui, Diego, oui, tu viens avec moi aujourd’hui » dit-il sans croire encore en ses propres paroles.
« Il faut se dépêcher » ajouta-t-il rapidement. « Viens Diego, dans la voiture, on part. »

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