Ad Vitam Aeternam, Mes romans

Extrait 6 – L’Envol

Alinea 1.4 de la loi-mur : le CERCLE demeure la seule autorité présente sur terre, nul autre gouvernement ne sera toléré.

Après une attente harassante, les moteurs furent lancés. La navette vibra doucement et Andrew sentit que l’on s’élevait. Puis la propulsion se mit en branle et ils furent tous plaqués contre leur siège.

Le voyage fut morne. Andrew chercha à dormir par tous moyens mais le dénommé Gregor ne cessait de bouger sur le siège à côté de lui.

Enfin, la propulsion fut désactivée et il sentit la pression cesser dans son dos et sur ses épaules. Les hélices prirent le relais et ils descendirent durant plusieurs minutes. Enfin, la navette toucha le sol. La gigantesque porte de l’habitacle s’ouvrit automatiquement, en un bruit de ferraille, et les ceintures furent débloquées.

Aussitôt, les forcenés les plus proches de la porte se précipitèrent dehors. Les quelques personnes ayant couru vers l’extérieur s’arrêtèrent net une fois dehors, obstruant ainsi la porte. « Ça n’a pas l’air fun, là-bas » remarqua Andrew à l’adresse de Gregor qui s’était déjà levé.

Ils attendirent leur tour avant de sortir à leur tour sur l’étroite plateforme sur laquelle avait atterri la navette. Ils virent alors ce qui avait surpris les autres : la plateforme était une forme de piste d’atterrissage flottante. Tout autour d’eux : l’Océan. De l’eau à n’en plus finir.

« C’est quoi ce bordel… », fit Gregor.

Déjà la navette fermait ses portes tandis que l’IA qui pilotait l’engin actionnait les hélices pour le retour vers Atastani.

« Attendez ! Oh ! On va où, nous ? » cria l’un des forcenés. Le vent provoqué par les hélices couvrit le son de sa voix, et la navette s’éleva à la verticale dans les airs, avant de disparaitre rapidement derrière les nuages les plus bas.

« Génial… » fit Andrew.

Tout autour d’eux l’eau s’étendait à perte de vue, et la frêle plateforme dansait au grès des vagues et des courants marins.

Les autres condamnés s’étaient assis pour la plupart. Il faisait chaud. Quelques-uns avaient tenté de s’éloigner de la plateforme à la nage, mais étaient rapidement revenus : il n’y avait rien, autour, que cette eau profonde.

« Alors ils nous laissent mourir là, au soleil… » dit Gregor

« Remarque, pour eux ça ne change pas grand-chose » dit Andrew. « Mais il y a forcément une issue ou une solution… »

« Tu parles… » fit Gregor dont le pessimisme commençait à énerver Andrew.

Tout à coup une femme cria, debout à droite de la plateforme, penchée vers l’avant, elle avait commencé à faire de grands signes de bras face à l’horizon.

« Il y a quelque-chose… » murmura l’ancien flic.

En effet, au loin, un point éloigné semblait se rapprocher.

« C’est une embarcation » dit Gregor qui avait apparemment une bonne vue.

Tous les forcenés se mirent bientôt à crier, debout, agitant les bras.

L’embarcation venait dans leur direction. Une sorte de petit bateau en bois, dont les deux voiles semblaient faites de tissus rapiécés. Enfin, elle fut assez proche pour pouvoir en distinguer les occupants : deux hommes aux cheveux mi-longs.

« Ça doit être d’anciens prisonniers, il doit y avoir des terres quelque-part… » dit Gregor, trépignant d’enthousiasme.

Les deux hommes lancèrent alors une corde épaisse, qui ressemblait en réalité plutôt à une liane tressée. Certains sur la plateforme l’attrapèrent et le léger bateau accosta.

« Montez, vite » Fit l’un des deux marins.

Les prisonniers ne se firent pas prier. La vingtaine d’hommes et de femmes s’entassèrent dans l’esquif.

« J’espère qu’on ne va pas très loin » fit Andrew qui était tout comme Gregor à l’arrière du bateau.

« Ça tangue » continua-t-il.

Un des deux marins, qui était tout proche, l’entendit et répondit aussitôt.

« Non pas loin. Vous serrez étonnés. »

Le bateau repartit alors, lentement. Les deux hommes dirigeant le gouvernail avaient donné aux prisonniers de longues rames et avaient rangé les voiles, afin d’éviter d’assommer l’un ou l’autre avec la bôme, tant ils étaient tous serrés. L’un des deux capitaines actionnait le gouvernail tandis que le second, debout près de la poupe, donnait des ordres clairs aux rameurs afin de coordonner leurs mouvements.

Ils avancèrent doucement sur une mer d’huile. Enfin, un homme qui se trouvait tout au bord du bateau et qui actionnait une des rames s’écria : « Le fond de l’eau ! On voit le fond de l’eau ! ».

« Restez à vos places ! » cria l’homme qui dirigeait les rameurs, face à ceux qui commençaient déjà à s’approcher du bord pour mieux voir. Ils avancèrent encore une vingtaine de minutes, sur une mer effectivement peu profonde et au fond de laquelle on distinguait d’épaisses formes rocheuses. Le capitaine, qui maniait le gouvernail à la perfection, faisait adroitement passer le bateau entre les roches, connaissant la route à emprunter comme sa poche, de toute évidence.

« C’est bon, descendez » fit soudain le capitaine. L’embarcation était arrêtée au milieu de l’eau. Aucune terre en vue, et l’eau s’étendait de toute part. Pourtant, sous eux, les formes épaisses des roches marines semblaient situées de façon peu profonde.

Ils descendirent donc et se placèrent sur la plus haute des roches, près de laquelle le bateau avait ‘accosté’. L’eau leur arrivait au nombril. Suivant les deux hommes, qui avaient solidement attaché le bateau à une des roches, ils marchèrent sur cette crête immergée plus d’une heure, slalomant entre les vagues dans une eau claire leur arrivant tantôt à la taille, tantôt aux épaules. Les deux barbus leur avaient donné une longue liane, à laquelle ils se tenaient tous, l’un des deux hommes ouvrant la marche, et le second la fermant.

Après une longue et fatigante avancée dans l’eau épaisse qui entravait leurs mouvements, ils aperçurent enfin ‘quelque-chose’.

Non loin d’eux, des arbres de petite taille mais aux racines épaisses et noueuses s’enfonçaient entre les roches marines et s’élevaient hors de l’eau. Entre les racines courbes, dont l’épaisseur devait être celle d’un bras, on distinguait des plateformes de bois et des habitations précaires. Là, des formes légères allaient et venaient, des hommes et des femmes sans doute, qui peuplaient cette étrange ville arboricole. Une autre société, oui, une autre société existait sur terre…

– On dirait que le CERCLE a de la concurrence… Souffla Gregor à Andrew qui n’en croyait pas ses yeux.

– On dirait, oui, on dirait…

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