Ad Vitam Aeternam, Mes romans

Ad Vitam Aeternam – 3

Joann sortit de chez elle entièrement satisfaite. On venait de lui remettre les clés de ce magnifique et gigantesque appartement situé en hauteur. Dehors, elle eut un instant d’hésitation face à l’immensité du ciel et celle, toute aussi grandiose, de la mer qui s’étalait à perte de vue de chaque coté de l’île-ville. Ce spectacle la bluffait autant qu’il lui donnait le vertige. Nichée au 423ème étage de son bâtiment, elle faisait désormais partie de ceux qui possédaient un de ces appartements si prisés et si chers…

Être à présent une ‘rêveuse’ la laissait sans voix. Elle avait réussi, son rêve était accompli, elle faisait partie du Cercle, celui de l’Art de l’Envol. Ils devaient être, pour l’année à venir, une quinzaine tout au plus. Et c’était donc eux, pendant un an, qui décideraient des arts autorisés au sein de l’espace public. Le Cercle de l’Art de l’Envol définissait les règles, chaque année, qui permettraient aux artistes de s’exprimer. Ainsi, sa carrière prenait un tournant considérable. Elle ferma un instant les yeux. Tout cela la faisait frissonner d’excitation et lui donnait même un certain vertige face à tant de pouvoir, là, sous ses mains.

– Madame Watson, fit une voix timide non loin d’elle. Elle rouvrit les yeux. Son chauffeur était là, l’air embarrassé.

– Qu’y a-t-il, siffla-t-elle, fatiguée déjà par la gène de l’homme qui lui faisait face, et qui tremblait presque de l’avoir dérangée.

– Il faudrait partir, Madame. C’est l’heure.

Elle regarda sa montre.

– Bien, partons. Mais à l’avenir, Gregor, ne me dérangez plus.

Elle monta à l’arrière de la voiture aux vitres teintées. À sa gauche se trouvait son éternel garde du corps, Anton, qui ne la lâchait que très rarement. Le chauffeur démarra et ils s’engouffrèrent dans le gigantesque ascenseur qui servait aux voitures. Bientôt, ils se trouvèrent sur une des plus larges artères menant à la ville. Il roulèrent une bonne demi-heure. Joann regardait distraitement défiler les murs sales et hauts de cette portion de la capitale. Ici, à côté de cette immense voie rapide, n’habitaient que des populations pauvres et exclues. Soudain, un immense tag apparu sur sa droite. Elle lança immédiatement :

– Arrêtez la voiture.

Le chauffeur, quoique surpris, s’exécuta et arrêta la voiture sur la bande d’arrêt d’urgence. Joann baissa complètement sa vitre et regarda attentivement. Un magnifique tag d’un noir profond s’étalait sur des mètres de hauteur. Sa couleur semblait varier étrangement, comme s’il s’agissait d’une brume ou d’une ombre tremblotante.Il représentait une femme portant un drapeau noir, et s’étalait sur toute la façade. Elle se risqua à prendre une photo à l’aide de ses verres de lunettes. C’était réellement inattendu. Les tags avaient été interdits officiellement six ans auparavant, tout comme la majorité des arts de rue. Le registre ne pouvait en effet comptabiliser autant de pseudo-artistes et cela avait créé une vague d’émeutes qui avaient été repoussées de façon violente mais efficace. Depuis, les arts non-officiels ne pouvaient plus être réalisés dans l’espace public, et les tags avaient ainsi complètement disparus, non sans un certain combat mené par les plus virulents. Tout cela s’était soldé, en l’espace de cinq ans, par l’utilisation des drones-de-rue qui surveillaient maintenant, de jour comme de nuit, chacune des artères et ruelles de la ville.

– Nous sommes en retard, Madame, se risqua doucement Gregor.

– Partons alors ! dit sèchement Joann tout en faisant remonter sa vitre. Sur les verres de ses lunettes, elle observait toujours l’étrange tag pris en photo. Le plus surprenant restait la couleur qui semblait muter continuellement. Peu à peu les variations devinrent plus intenses, fluctuant de façon quasi hypnotique, et Joann se sentait glisser vers elles doucement, agréablement, comme portée par un flot invisible mais réel.

Ad Vitam Aeternam, Mes romans

Ad Vitam Aeternam – 2

Tracy regarda sa montre. À peine six heures. « Line… » soupira-t-elle, excédée. La fête avait duré jusque tard dans la nuit. Trente décembre. Son anniversaire. Mais on était déjà le trente-et-un. Ce jour-là était passé. Elle commençait déjà la première journée de sa nouvelle année, la dernière de l’année. Demain sera déjà le premier janvier, murmura-t-elle. Un frisson la parcouru.

Elle commença tout bonnement à faire couler l’eau dans la baignoire et pris un bain dans l’espoir de se détendre et de parvenir à se rendormir. Peine perdue. En peignoir et cheveux humides attachés grossièrement en chignon haut, lunettes sur le nez, elle commença donc à ranger le salon. Les convives avaient été une vingtaine, et le petit appartement était jonché de verres et de bouteilles vides que les uns et les autres avaient posés où ils avaient pu, puisqu’il n’y avait pas vraiment de place. Elle était heureuse qu’autant d’amis aient pu venir. Elle se refusait toujours à fêter son anniversaire le trente-et-un avec la nouvelle année. Elle préférait marquer le coup.

Elle caressa alors son bras gauche pour rallumer son implant et s’aperçut aussitôt du nombre incroyable de notifications qui déferlèrent sur les verres de ses lunettes. Elle fut surprise. La première était de sa cousine Eleanor. Son message disait simplement ‘Hey Tracy, encore joyeux anniversaire, regarde donc qui avait son nom au registre cette année !’ Le message était suivi d’un lien qui s’ouvrit aussitôt devant ses yeux.
Il s’agissait du nouveau registre, qui était dévoilé chaque année au 31 décembre pour l’année en cours. L’année qui venait de s’écouler était bien sûr l’année de l’envol de très nombreuses personnes. La liste était sans fin mais elle se figea automatiquement sur la recherche qu’Eleanor avait effectuée.

Joann Watson, née le 28 juillet à Bucklin, Kansas(KS). Sa plus jeune cousine. Elles se connaissaient peu ayant malgré tout vingt-sept ans d’écart. Tracy ne pu s’empêcher de penser à la superbe réalisation de Joann cette année-ci. Comment n’y avait-elle pas pensé ?
Elle était partagée entre la fierté et la frustration. Son tour viendrait, oui, pour elle aussi. Mais réussirait-elle aussi bien ? Il était délicat d’avoir ainsi prévu son propre envol une année seulement après celui de sa cousine. Mais comment aurait-elle pu savoir ? Elle regarda l’année d’inscription au registre. Joann avait préparé son apogée depuis neuf ans. Et il était vrai, à y réfléchir, que les choses avaient commencé à se mettre en place pour elle à partir de ces années-là. Ses cours de théâtre s’étaient intensifiés. Elle avait mis les bouchées double et s’était entièrement adonnée à sa passion.

Joann Watson. La ligne était bien entendu indiquée en vert, avec l’inscription en majuscule ENVOL VALIDÉ PAR LA CEAE. La ‘commission d’enquête pour l’art de l’envol’ n’avait pas dû hésiter bien longtemps.

La dizaine d’autres messages venaient bien évidemment de divers membres de sa famille. Il était coutume, pour la plupart de gens, de se réveiller aux aurores le matin du 31 décembre afin d’aller voir le registre de l’année, fraîchement publié à cinq heures précises, et de chercher parmi les inscrits le nom des proches, amis et famille, ou des personnes publiques ayant marqué l’année pour voir s’il s’agissait d’un envol. Il était en effet courant de voir des personnes s’accomplir sans que cela ait été pour eux prévu ni préparé. Les fugaces, comme on aimait les nommer.

Joann, elle, s’était pleinement pleinement réalisée. Encore inconnue du public l’année précédente, elle avait décroché un premier rôle féminin dans le nouveau film du réalisateur montant Donald Deaton. Son jeu d’actrice avait été applaudi, elle avait marché sur le tapis rouge pour la première fois et s’était vue attribuée la palme du meilleur espoir féminin. Elle avait eu 22 ans cette année. Joann Watson ferait donc à présent partie du CERCLE…

Ad Vitam Aeternam, Mes romans

Ad Vitam Aeternam – 1

CHAPITRE 1

Quelqu’un criait tout près. « Tracy, lève-toi ! » Elle ouvrit un œil. « Ah, satanée sonnerie… qui a programmé ça ? » murmura-t-elle tout en cherchant à résoudre l’équation qui s’était affichée sur la vitre transparente et verticale du réveil-écran. La voix, qui devait être celle de son amie Line, continuait : « Joyeux premier jour de ta cinquantième année, ma vieille ! ». On entendait, en fond sonore, des bribes de musique et de voix. Line avait dû trouver le moyen de se glisser dans sa chambre alors que la fête battait son plein, la veille au soir. Enfin, Tracy réussit à résoudre la formule mathématique et la sonnerie s’interrompit. Elle soupira, se leva et se dirigea vers la cuisine, évitant maladroitement les fauteuils et les chaises encombrant encore le passage. Elle passa une main distraite dans sa masse de cheveux blonds, essayant désespérément de les démêler. Enfin, tirant une tasse sale du placard-auto-lavant qui n’avait de toute évidence pas été lancé, elle se mis à la rincer tout en essayant, en même temps, de ne pas faire glisser la pile d’assiettes qui avaient été entassées dans l’évier. Puis, secouant un berlingo qui se mit aussitôt à chauffer entre ses mains, elle en versa le contenu brûlant dans sa tasse. C’est là qu’enfin elle sourit doucement. « Plus qu’un an » murmura-t-elle avant de boire une première gorgée de café.

Tracy Watson entrait dans sa cinquantième année. Quelque chose de grand commençait donc. De fabuleux. Enfin. Une dernière année. Cette période, la plus importante de sa vie, s’ouvrait maintenant devant elle. Belle. Majestueuse. Attendue. Il ne s’agissait plus de rêver. Il s’agissait de vivre. Ou plutôt : d’accomplir. Tout était déjà en place. Après toutes ces années, après ces longues heures à créer. À inventer. À travailler aussi, bien sûr. Elle avait choisi l’année de sa cinquantaine pour son envol, comme d’autres choisissaient la trentaine. La plupart des artistes se contentaient, bien entendu, de définir l’année de leur chef d’oeuvre par rapport à l’année d’inscription au registre, se donnant pour la plupart cinq ou six ans devant eux pour réaliser leur projet, leur rêve.

Tracy, elle, avait choisi d’accomplir son œuvre pour ses cinquante ans. Le risque était important. Palpable, chaque jour. Chaque heure. À tout moment tout pouvait vaciller, s’effondrer. Se perdre. Oui, elle avait eu la veille quarante-neuf ans. Une année spéciale pour elle, la dernière à actionner les leviers dans l’ombre. À préparer les coups et les actions à venir. Un stress violent la prenait parfois aux os et à la moelle, comme une vibration d’adrénaline qui lui coupait alors le souffle, au réveil. Oui, son envol serait majestueux. Grand. Oui, tous pourraient le voir s’accomplir. « Une œuvre d’art » souffla-t-elle alors. La fête était finie et avait laissé le salon jonché de verres vides et d’assiettes encore à demi pleines.

Personne ne la savait inscrite sur le registre. Il s’agissait en effet, pour tous les inscrits, de déployer leurs ailes dans l’ombre pour mieux surprendre et marquer la ville dans la réalisation de leur projet, établi peu à peu au fil des années, dans le secret et le silence.

L’art subtil de l’envol était défini dans le registre comme ‘l’accomplissement de l’être en tant qu’oeuvre, la transformation de la vie de l’artiste en tant que sujet de son art, le déploiement de toute l’envergure de son talent à partir d’une année définie de sa vie, durant laquelle il devra être lui-même sa propre réalisation, son propre chef d’oeuvre, son rêve enfin étreint.

Ad Vitam Aeternam, Mes romans

Ad Vitam Aeternam – présentation

RÉSUMÉ :

Dans un univers où les villes sont devenues de gigantesques îles s’enfonçant sous l’eau autant qu’elles s’élèvent dans les airs par leurs innombrables tours, une étrange ‘ombre’ se déploie sur les murs des grattes-ciel… Quatre personnages se débattent dans ce monde froid où la liberté n’a plus sa place.

Résumé plus détaillé :

L’eau a recouvert une grande partie de la terre. La grande majorité de l’espèce humaine habite sur des îles artificielles qui s’étendent tout autant dans les airs par des grattes ciels, que sous l’eau dans des appartements et des buildings sous-marins. Les terres comportent essentiellement de grandes cultures et de grandes étendues de champs cultivés. Les machines qui gèrent ces cultures sont automatisées et gérées par les hommes depuis les îles habitées. Des drones permettent de surveiller en temps réel l’avancée des récoltes ou du murissement des céréales.

La société est très régulée, et du fait du manque constant d’espace, le moindre écart de conduite de la part des citoyens conduit à l’exil forcé sur des terres non cultivables, inondables et spongieuses, laissées à l’abandon et où les forcenés sont laissés livrés à eux-mêmes.

Dans la capitale mondiale Atastani, une gigantesque Ombre grise prend peu à peu possession des murs de la ville… et semble influencer les humains qui s’en approchent… Jusqu’à prendre possession d’eux… Comme si cette « Ombre » était vivante et qu’elle manipulait les êtres humains tels des pions.

Dans tout cela, quatre personnes semblent étrangement immunisées contre ce mal qui transforme les caractères et les gens. Ces quatre individus vont devoir allier leurs forces pour comprendre l’Ombre… et peut-être même… l’utiliser…

 

UNIVERS :

Une carte du monde :

Carte-Monde-AdViAet

Images Pinterest qui représentent l’univers du roman : Lien Pinterest – Ad Vitam Aeternam

Voici un aperçu de ce tableau d’images : Apperçu Pinterest

Une musique qui correspond bien à cet univers et qui m’inspire énormément : Lien Musique

Thématiques abordées :

  • La liberté
  • La quête de ses origines
  • L’amour parent / enfant

Thématique 1 : La liberté

  • J’aime beaucoup les univers un peu sombres, ou en tout cas malsains, dans lesquels les personnages doivent reconquérir ce qui leur fait défaut. J’ai donc choisi de créer un univers dans lequel la liberté fait défaut, une liberté bafouée qui doit être retrouvée et rendue possible. Il y a un côté idyllique dans l’univers que j’ai créé (villes à l’architecture incroyable, construites sous formes d’îles qui s’étendent par des grattes-ciel dans les airs mais également en profondeur sous les eaux, donc villes mi-sous-marines mi-aériennes… Paysages splendides qu’ils soient sous l’eau ou vus du ciel…), mais cependant le manque de liberté dans la société contre-balance cette apparente perfection et donne à l’univers en question un côté limité et limitant pour les personnages, ce qui les pousse à sortir d’eux-mêmes et à partir ‘en quête’…

Thématique 2 : La quête de ses origines

  • À venir

Thématique 3 : L’amour parent / enfant

  • À venir